« Nous jouons avec le feu et la biodiversité depuis la préhistoire. »

Hervé Grisey dans le cadre de la Communauté de Communes des Vosges du Sud, organise régulièrement des conférences en lien avec le Réchauffement climatique et ses conséquences. Ce mardi 11 février 2020, Boris Vannière, Directeur de recherches au CNRS dans le laboratoire Chrono Environnement à Besançon est l’invité.

Dans sa conférence intitulée « Nous jouons avec le feu et la biodiversité depuis la préhistoire » Boris Vannière amorce son propos en exposant l’image de l’enfant qui se brûle, et apprenant de cette expérience, s’éloigne de la source de chaleur. Pourtant l’humanité, bien que n’étant plus une enfant, n’a pas appris de son expérience.

Les « saisons du feu », qui sont un phénomène naturel, commencent plus tôt et durent plus longtemps depuis une vingtaine d’années. Les statistiques montrent une corrélation entre l’aridité et le nombre de feux, mais la situation s’est amplifiée depuis le début du XXIème siècle. En causes une météorologie favorable et davantage de combustibles disponibles. Le feu comme conséquence du réchauffement climatique.

Les prévisions sont alarmantes : peu de régions de la planète seront épargnées par les grands incendies à la fin du XXIè siècle. Y compris la Sibérie qui n’avait jamais connu d’incendies en 5000 ans. L’Europe sera concernée aussi, et pas uniquement le pourtour méditerranéen. La « saison des feux » sera permanente en Australie et dans les régions tropicales.

Le feu a été, tout au long de l’histoire de l’humanité, un acteur de la biodiversité. Mais sur de vastes territoires comme l’Amazonie, les grands incendies entraînent un déséquilibre de l’écosystème en perturbant, entre autre, le cycle de l’eau. A l’échelle du globe, les particules émises, qui se déposent sur les zones glacées, assombrissent la glace. L’albedo est réduit, c’est à dire que la lumière du soleil est absorbée plutôt que réfléchie. L’ampleur et la multiplication des grands incendies génèrent donc une rétroaction positive et favorable à l’amplification du réchauffement climatique et à de nouveaux incendies.

Le terme écologique de « perturbation intermédiaire » permet de décrire l’impact des perturbations sur la biodiversité. Le feu a été utilisé comme acteur de la biodiversité depuis le néolithique. Mais des perturbations trop fréquentes et intenses diminuent la diversité des espèces. Les grands incendies que nous connaissons depuis quelques années en différents points du globe, par leur fréquence et leur intensité, ont un impact sur la biodiversité.

Boris Vannière, comme la plupart de ses homologues scientifiques, dont Frédéric Parrenin que nous avons vu récemment, est dans l’incompréhension face à l’immobilisme des politiques, la lente prise de conscience du public, alors que la science est formelle. Les grands incendies qui ravagent de larges territoires sont une conséquence du réchauffement climatique dont les humains sont responsables.

Le réchauffement climatique fragilise certaines espèces végétales. La biomasse au sol augmente alors, suite aux sécheresses et tempêtes successives. La continuité paysagère, comme au Portugal par exemple, avec les les vastes plantations d’eucalyptus, espèce hautement inflammable est favorable à la propagation des incendies.

Boris Vannière s’inquiète pour nos forêts francs-comtoises qui depuis deux ans subissent la sécheresse. De nombreux arbres sont fragilisés ou déjà au sol. Nos forêts sont désormais exposées à des incendies de grande ampleur.

Serions-nous entrés dans l’ère du Pyrocène, terme utilisé par Stephen Pyne ? Tout au long de son histoire, dit ce dernier, l’Humanité a appris à maîtriser le feu pour cuire ses aliments, se chauffer, défricher, fertiliser ses espaces agricoles, … mais désormais « nous avons appris à cuire notre planète ».

Difficile de rester sur une note positive ! Boris Vannière cite l’exemple du grand incendie de 1910 dans l’Idaho et le Montana (USA) suivi d’un demi-siècle de gestion forestière axée sur la suppression des incendies. Cette politique a été concluante pendant 50 ans, mais dès lors qu’elle a été abandonnée, ces états ont été à nouveau dévastés par des incendies. Des démarches publiques d’aménagement de nos territoires, favorisant la diversité des essences végétales et la discontinuité paysagère pourraient nous protéger d’incendies dévastateurs ! Boris Vannière ne s’attarde pas sur les enjeux économiques et politiques qui viennent se conjuguer avec les effets du réchauffement climatique. Cité plus haut le cas de la culture intensive de l’eucalyptus au Portugal, pour servir l’industrie lucrative de la cellulose, avec le soutien de l’état portugais. Il revient à chacun de nous, en tant que consommateur, de boycotter certains produits comme l’huile de palme, responsable de la déforestation massive de la forêt amazonienne.

Une réflexion sur “« Nous jouons avec le feu et la biodiversité depuis la préhistoire. »

  1. Merci Sophie pour ce très bon texte documenté et qui synthétise une conférence qui devait être très intéressante ! Merci de ces infos. Je suis avec grand intérêt les expérimentations engagées dans nos forêts sur les plantations d’espèces plus résistantes … Le chalenge est d’importance pour les communes forestières. Le décideurs dans les communes commencent à voir concrètement les effets sur les forets. Il va falloir multiplier les accompagnements et surtout développer l’agilité pour identifier des solutions. A bientôt Sophie.

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